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#13 – La cuisine de Nicolas, Paris, 32m2

La cuisine de Nicolas Celić

Voici un troisième homme qui participe à Inside Kitchen Project. Je suis plus que ravie de vous le présenter. Il s’agit de Nicolas, un ami de longue date qui partage la même passion pour la cuisine et le digital que moi.

Nicolas est très cultivé et a un vrai don pour l’écriture. Il n’aime pas toujours que je le lui dise, pourtant c’est la vérité. Je me souviens de nos longues balades en Autolib dans Paris les dimanches après-midi pendant lesquelles il me racontait de passionnantes histoires sur chaque quartier. Toujours une anecdote inédite, un détail captivant à révéler, il me surprend à la fois par sa culture générale et sa capacité à mettre des mots simples sur les choses, de sorte à ne pas effrayer la personne en face.

La cuisine de Nicolas, c’est d’abord une cuisine familiale très rustique. Il me parle beaucoup de sa grand-mère, de sa façon de cuisiner qui l’a beaucoup ému et dont il garde des souvenirs impérissables : la cuisine sous cloche, l’utilisation de la cuillère en bois, la cuisson lente à l’étouffée… De part ses origines croates, Nicolas a des influences méditerranéennes dans sa façon de cuisiner : beaucoup d’huile d’olive, de tomates, de câpres… On a passé beaucoup de temps à grignoter dans sa cuisine. A ce propos, il m’a dit un jour que : “le meilleur verre, c’est celui que l’on boit dans la cuisine quand on est en train de préparer à manger”. On ne peux qu’adhérer devant tant de justesse 😉

#1 – Quelle est ta relation avec ta cuisine ?
J’ai toujours aimé les cuisines où il se passe quelque chose. Même quand c’est petit, j’ai besoin de savoir qu’on peut s’y asseoir, être deux ou trois, discuter, faire participer à la recette et demander de l’aide. C’est plein de sensations, une cuisine. La sensation du four chaud, le froid des aliments qui sortent du réfrigérateur, le son du frémissement dans la cocotte, la casserole avec des oignons qui rissolent… Je suis content de ma cuisine parce qu’il y a cette petite desserte en demi-lune : ça me permet d’avoir de l’espace, mais aussi d’y manger le matin ou le soir quand je suis seul. La cuisine est une pièce où l’on vit, parce que la nourriture et les plaisirs de la table, c’est la vie.

#2 – Est-ce que ta cuisine actuelle ressemble-t-elle à celle de ton enfance ?
Elle y ressemble assez : petite, plein de rangements, des tas de bocaux et de conserves, des produits secs comme les pâtes, le riz… Il y a pas mal de condiments, comme dans mon enfance, et plusieurs bouteilles d’huile d’olive : celle pour cuisiner, celle pour assaisonner, celle qui a un peu plus de caractère… Ce sont les productions de différents membres de ma famille, je peux dire où sont les oliviers pour chacune. J’ai gardé ma cuisine en l’état quand j’ai emménagé, avec ses carreaux à motifs de légumes un peu vieillots. Mais elle n’est pas trop marquée et il y a plein de rangements, du coup j’ai de l’espace alors ça me convient pas mal.

#3 – Que fais-tu à manger pour toi tout seul et pour tes amis quand tu les reçois ?
Quand je suis seul, je fais de l’assemblage : des bons produits, un poisson ou une viande avec des légumes, une omelette avec plein de choses, des pâtes avec une sauce facile à faire par exemple asperges / cœurs d’artichauts / crème de parmesan, ou une grande salade composée. Autour, on peut rajouter des crudités ou de la charcuterie, du fromage ou des fruits. Il faut que ça ait du goût, que ça sente bon, que ça me mette en appétit.
Quand je reçois des amis, je vais prendre le temps de vérifier ce que certain(e)s mangent ou pas, pour des raisons d’allergie, de religion, de choix personnel (certains ne mangent pas de lapin, ou simplement de viande), ou de goût (il y en a qui refusent les abats, les champignons…). Et puis je tenterai une recette que je maîtrise bien ou qui ne me semble pas trop difficile. J’aime bien cette idée de garder la cuisine traditionnelle et de revenir aux classiques : blanquette de veau, piperade, lapin aux pruneaux, poulet basquaise, escalope normande, quiches… Il faut prendre le temps pour ses amis et partager un bon moment.

#4 – Que ressens-tu quand tu cuisines ?
En plus du respect de la recette et des produits, cuisiner fait appel à plusieurs sens et ça les met en éveil : on voit ce qu’on fait, on sent la température, l’humidité, les textures, on hume les odeurs… et je ne peux pas m’empêcher de goûter, ou de manger les chutes. Si je salive, si je jubile, si je me réjouis, si j’ai un grand sourire un peu niais, si je me sers un verre et qu’on débute l’apéro pendant que je cuisine, alors je sais d’avance que ça va être un bon moment après ! D’ailleurs, le meilleur apéro, c’est celui qu’on prend en cuisine, pendant que les plats cuisent.

#5 – Quelles sont tes sources d’inspiration ?
J’ai hérité de deux traditions culinaires : celle du Sud-Ouest et des plats bien français du côté de ma mère, celle de Croatie qui mêle Méditerranée et Europe Centrale du côté de mon père, qui cuisine lui aussi. Je crois qu’en cuisine, on hérite beaucoup, et les sensations de l’enfance sont importantes. Ce n’est pas pour rien qu’on parle universellement de la madeleine de Proust ! Evidemment, plus tard, les rencontres et les voyages peuvent nous amener à d’autres styles, on finit par développer ses propres recettes. Et puis j’ai ma bible à moi. Le Françoise Bernard. C’est un livre de cuisine familiale qui comporte aussi des astuces de l’auteure : rajouter ou remplacer tel ingrédient, changer telle cuisson… Le langage y est simple et les recettes tiennent en une page. Celui de ma mère est écorné, la couverture est en morceaux. Quand je me suis installé, elle m’a offert la version plus récente. Je me suis mis un petit défi personnel : réaliser toutes les recettes. On va bien voir combien de temps ça va me prendre, mais j’avoue qu’en pâtisserie je suis bien moins doué. Car en pâtisserie, il n’y a pas d’à-peu-près, il faut être très précis sur les quantités et sur les cuissons.

#6-Peux-tu décrire ta cuisine en quelques mots ?
Ma cuisine est plutôt petite, « en L », assez lumineuse, très pratique. Il y a de nombreux rangements en hauteur. J’ai un plan de travail fonctionnel que j’essaie de ne pas trop encombrer. Je suis content d’avoir un bon four et des plaques au gaz car pour cuisiner c’est vraiment ce qu’il y a de mieux. Petit miracle, en un pas je peux atteindre tout appareil ou ustensile. Et pourtant on peut tenir à deux dedans, s’aider, trinquer ou grignoter.

#7-Quels sont tes ustensiles fétiches en cuisine ?
Ce sont des ustensiles classiques pour des fonctions basiques et simples. La louche, pour enlever du liquide, en rajouter, et servir. La grande cuillère en bois pour touiller et goûter (manger avec une cuillère en bois ou en métal, ça n’a absolument pas le même goût !). Une planche à découper, et un grand couteau à large lame : on hache les herbes fines, on tranche les légumes, on taille le bout de gras (hahaha), on découpe fin et droit un jambonneau ibérique ou un Saint-Nectaire pour mettre dans un hamburgé. J’ai choisi un manche détachable, parce que pour gagner de la place de rangement, j’ai un service avec trois casseroles et une poêle mais un seul manche. Il faut parfois un peu jongler entre deux récipients mais c’est très pratique. Et puis il y a mon solide limonadier. Il faut toujours pouvoir ouvrir une bouteille ou décapsuler avec élégance. Il ne me quitte presque jamais, je l’emmène partout. Même… au bureau !

#8-Qu’est-ce qui manque dans ta cuisine ?
Comme j’ai peu de place, j’hésite. Soit je prends un robot multifonctions, pour mixer, battre, mélanger. Vraiment, j’ai l’impression que ça m’ouvrirait pas mal d’horizons. Soit j’opte pour un four à micro-ondes, parce que c’est quand même très pratique. Pour l’instant, comme je n’ai pas tranché, je me passe de l’un et de l’autre.

#9-Peux-tu nous donner quelques astuces pour mieux organiser sa cuisine ?
Je crois qu’il faut raisonner par grands ensembles et par économie de mouvements. En gros, il faut avoir vaisselle dans un coin, ustensiles dans un autre, provisions et condiments dans un autre (j’ai séparé le salé du sucré). Et puis économiser les mouvements. Quand on prépare ses ingrédients, quand on sort les ustensiles, il faut avoir tout dans le même placard, les mêmes tiroirs, ou en tout cas la même zone en jouant sur les meubles hautes et les meubles bas. Si possible, il vaut mieux laisser le lourd en bas et garder les éléments les plus courants directement à portée de main sans devoir se baisser ou monter sur une chaise. On gagne un temps considérable ! Mais il faut évidemment savoir s’adapter : ma cocote en fonte est au-dessus du congélateur… parce que je n’ai pas d’autre endroit où la ranger.

#10-Ce serait quoi la cuisine de tes rêves ?
Je l’ai déjà découverte quand j’étais étudiant. Plusieurs amis vivaient dans une grande colocation. La cuisine était organisée autour d’un îlot central qui ressemblait les plaques, le four, un plan de travail et un évier avec une excellente hotte par-dessus. Cette pièce était ouverte en partie sur le salon. C’est l’idée que je me fais du moment entre amis : tantôt on prépare, on improvise, on coupe, on vérifie la cuisson, on coupe le feu… Mais quoi qu’il arrive on n’est pas coupé du reste de l’appartement. Je trouve détestable les repas où le cuisinier ou la cuisinière est toujours absent(e) ou en train de courir. Pour que ce soit convivial, il faut pouvoir être avec ses convives.